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Génèse du mur de l'Atlantique

Le pays bigouden est situé à la pointe sud ouest du Finistère. Sa façade maritime s'étire sur une cinquantaine de kilomètres,de Plozévet au nord, à Le Qu25 de Penhors, la casemate H680 photographiée ici en 1946Combrit en bordure de l'Odet ; elle porte deux traits de côte perpendiculaires se rejoignant en son centre, à la pointe de Penmarc'h. Dans notre numéro 238 décrivant le läger Todt de Tréguennec, nous avions évoqué sa façade Ouest qui borde le fond de la baie d'Audierne. Les Allemands vont fortifier le secteur, l'estimant propice à un débarquement d'appoint. En 1944, on y observe un échantillon représentatif de l'Atlantikwall : des hommes, de turbulents Caucasiens et du béton abritant batteries d'artillerie et mitrailleuses, dans un environnement truffé d'obstacles en tous genres portant la signature du maréchal Rommel. Nous décrirons la défense côtière au pays bigouden ouest tout en abordant la genèse de la fortification du littoral sud de la Bretagne dans laquelle elle a pris forme.

Par Alain le Berre - Partie 1.

Note : Le texte est reproduit ici dans son intégralité. Les notes de fin et les caractères entre parenthèses, ont été rajoutés pour faciliter la lecture. Pour des raisons techniques, il n'a pas été possible d'y faire figurer toutes les photos, schémas et plans. Vous pouvez toutefois consulter l'article intégral à la page téléchargement du site.

Les lieux - possibilités et probabilités de débarquements

De Plozévet à Saint Guénolé - Penmarc'h, sur près de vingt kilomètres, s'étend le secteur qui nous intéresse. Son extrémité nord, représentée par le littoral des communes de Plozévet et de Pouldreuzic, est défendue par un platier rocheux, obstacle naturel infranchissable par des engins de débarquement. A son extrémité sud, de l'éperon de la Torche à Saint Guénolé, le rivage semé de récifs est à l'évidence encore plus inhospitalier.

 

La partie centrale du secteur, une longue plage de douze kilomètres, est libre d'obstacles naturels mais reste soumise à une houle permanente. De Plovan à Tréogat, le littoral est barré de manière radicale par une zone humide de marais et un chapelet d'étangs. En revanche, au fil des huit kilomètres de plage suivants, un débarquement d'appoint est possible sur les rivages plats de Tréguennec, Saint Jean Trolimon et Plomeur.

 

De là, l'envahisseur peut gagner Plonéour-Lanvern puis déboucher vers Quimper, Brest et Lorient. Le point de vue allemand sur les possibilités et les probabilités d'attaque dans le secteur du KV.Gr. Quimper est consigné dans les Küstenverteidigunspläne, les plans de défense côtière annexés aux KTB, les journaux de marche et des opérations des divisions d'occupation.

335. inf. Div. Morlaix Quimperlé. Generalleutnant Max Dennerlein. QG à Tréboul. Février 1942.

La 335.ID(1) défend la totalité du Finistère. Les Allemands ne redoutent pas une attaque directe sur Brest, mais plutôt des actions navales et aériennes visant les flancs du port. Cependant, ils n'excluent pas des opérations concomitantes, au sud : « La défense de la partie sud de la baie d'Audierne, de Plovan à Saint Guénolé-Penmarc'h, se révèle difficile. S'ils veulent combattre efficacement l'ennemi quand il se trouvera encore sur l'eau, en position de faiblesse, nos soldats devront prendre position sur le rivage même, qui est aussi plat qu'une table... Des positions dominantes favorables existent... éloignées de 1500 à 2 000 m.

17. inf. Div. Douarnenez Etel. General der Infanterie Gustav-Adolf von Zangen. QG à Quimperlé. Mars 1943.

L'Atlantikwall a été créé il y a moins d'un an. La 335.ID(1) est désormais concentrée autour de Brest depuis fin juillet 1942. La baie d'Audierne relève maintenant de la 17.ID. Celle ci juge Lorient non menacé par une attaque frontale mais « un autre centre de gravité terrestre pour l'ennemi pourrait éventuellement exister dans la partie sud de la baie d'Audierne, avec pour objectif de pousser vers Quimper ». Les vues des divisions concordent : l'ennemi peut agir le long des côtes échancrées de l'Ouest Cornouaille qu'il va falloir fortifier.

Genèse régionale et locale du Mur de l'Atlantique

Au début de 1942, un débarquement sur les côtes françaises n'est pas encore envisagé. Ainsi une seule division d'infanterie, la 335.lD, garde la totalité des rivages du Finistère. C'est peu pour une zone stratégique ! Toutetois, le 23 mars, voyant les perspectives d'une victoire rapide sur l'URSS s'envoler et cédant a l'inquiétude, Hitler signe un texte capital, la directive n° 40, intitulée Kustenverteidigung ou défense des côtes. Il s'agit cette fois de défendre le rivage sur toute sa longueur, selon l'intérêt militaire qu'il présente. Apparaissent les Vertidigungsbereichen ou secteurs défensifs (futurs ports-forteresses), les Stütztpunkten ou points d'appui renforcés (ports et embouchures de rivières) et les Wiederstandnester, littéralement des « nids de résistance », des points d'appui légers.   Le 27 (mars 1942) se déroule le raid anglais d'envergure visant Saint-Nazaire. En Bretagne, on s'agite, la conception de la défense côtière est remaniée en profondeur : rajeunissement du commandement, PC transférés dans l'intérieur (pour la 335.ID, de Tréboul à Chateaulin), occupation des îles, multiplication des installations de Flak (2), arrivée de renforts d'infanterie et aussi de blindés, dans l'intérieur. En juillet, la 335.ID se resserre autour de Brest, cédant la Cornouaille à la 17.lD. Sous la direction du XXV.AK(3) responsable de la défense de la Bretagne, l'état major de la grande unité sera immergé pendant plusieurs mois dans les problèmes liés l'édification de l'Atlantikwwall. Le Küstenverteididungsgruppe Quimper KVGr.(4) secteur de défense côtière de Quimper (ilôt d'Aber Port Manec'h - 200 km) est pris en charge par l'IR. 95  

La mission principale du KVGr. est de « faire obstacle à toute tentative de débarquement dans son secteur. Le centre de gravité de la défense est constitué par la partie Sud de la baie d'Audierne, favorable à une telle opération... » Le sud de la baie, qui nous intéresse, est inclus dans le KVUGr.(5) - sous secteur - de Plogastel Saint Germain (Plouhinec Plomeur) dévolu au III./Bataillon, PC au manoir du Hilguy Qu 27(6).

Le Qu25 de Penhors, la casemate H680 photographiée ici en 1946

En juillet 1942, au pays bigouden, les blockhaus du Heer, l'armée de terre, les « casemates » comme les appellent les anciens, n'existent pas encore. Une carte militaire ne mentionne que la présence de Küstenwachen der inf., des postes de veille. La construction des ouvrages ne démarrera qu'a l'automne. Tout au plus, en trouve-t-on quelques uns, à l'état de chantiers, à Concarneau et Audierne promus en mars au rang de points d'appui lourds et inclus dans le premier programme de fortifications.

Quelles défenses rencontre-t-on jusqu'à l'automne ?

Sur le rivage, des éléments d'infanterie installés dans des positions de campagne traditionnelles. Par exemple à Plovan, la palue rase est sillonnée de tranchées et truffée d'épaulements en terre et semée d'abris recouverts de rondins. En retrait dans les terres, les batteries d'artillerie hippomobile de Keryère/Tréogat sont disposées dans de simples cuves de béton. Les troupes cantonnent dans les bourgs et les fermes proches.

A l'été (1942), les craintes d'un débarquement vont grandissant. Dans une directive du 9 juillet intitulée « Renforcement du programme de défense à l'Ouest », Hitler y fait acheminer des unités supplémentaires. C'est le cas, déja évoqué, de la 17.ID. Le 13 août, il donne l'ordre d'entreprendre la construction du Mur de l'Atlantique, le Rempart Atlantique pour la propagande. Le 19, le grand raid anglo canadien sur Dieppe accélère le lancement des travaux. Il a déchenché de l'effervescence au Hilguy, PC du 95.IR. La nervosité des grands états majors gagne aussi les échelons locaux. Un peu plus au nord, dans le Cap Sizun, à l'aube du 24 juillet, branle bas de combat au petit port du Loc'h, près de la pointe du Raz. Les sentinelles du poste 491 (futur QU14) ont libéré leurs mitrailleuses en direction de petits navires entr'aperçus près de la côte. Alerte maximum n° II pour le bataillon, venue du général.   Les raisons de la fausse alerte ne sont pas indiquées dans le KTB(7). Dans un contexte fébrile, la 17.ID va contribuer au deuxième programme de fortifications, le renforcement de la défense du rivage : construction de petits ouvrages en béton, cuves pour pièces légères, tobrouks... Le 31 août, la division reçoit les plans de la défense du KVGr. Quimper. L'ingénieur général Hepp, directeur de l'OT à Lorient, le général Eckstein, Fest. Pionner. Kommandeur XIX - commandant du génie de forteresse de la 7.Armée se sont déja entretenus avec le général von Zangen. Précurseurs d'une longue théorie d'officiers généraux qui vont se pencher sur les progrès de la construction de l'Atlantikwall, l'amiral Dönitz, les généraux Dollmann, commandant l'AOK 7, la 7.Armée au Mans et Fahrmbacher, le XXV.AK à Pontivy, se concertent à Lorient le 4 août.   Les armements et les matériels spécifiques de défense côtière sont annoncés : canons de 5 cm KwK, barbelé, mines... Fin août, les projets de fortification côtière s'emballent. « Le Führer a ordonné que pendant le semestre d"hiver 1942 1943 la défense côtière du Commandement Ouest soit à ce point renforcée en réunissant toutes les forces et tous les moyens selon les principes du Rempart Atlantique pour édifier sans relâche des fortifications, que toute attaque venant des airs, de mer ou de terre apparaisse sans espoir et que cet ensemble fortifié ne puisse être pris ni de l'avant, ni de l'arriére. » D'importants renforts sont prévus, le KVGr. Quimper doit ètre défendu par une division entière au lieu d'un unique régiment ! Des reconnaissances du génie de forteresse et de la division arcourent la côte pendant une dizaine de jours à la recherche de nouveaux emplacements de combat.

Le rivage doit être entièrement couvert par des pieux croisés « type Rhin ». Les besoins en ouvrages bétonnés augmentent de moitié ! Le 12 septembre, l'agitation retombe, c'en est terminé de l'éphémère « grand plan de défense. » L'Organisation Todt se met à l'ouvrage.

La construction d'un blockhaus de bonne taille prend une dizaine de semaines : fouilles, ferraillage, coffrage, aménagement intérieur, finitions et camouflage. Les expulsions débutent. Par exemple, à Plozévet, la mairie a été avertie par la FK752 que la maison de Sébastien Le Floc'h, située devant le petit port de Canté (Qu 23), doit être évacuée pour le 15 septembre. Le propriétaire a le choix entre la démolition de son habitation par ses propres moyens ou sa destruction par la Totd ! Le 17 août, le général von Zangen inspecte le KVGr. Quimper. Il estime que beaucoup de béton a déja été dépensé, que nombre de tobrouks, mal placés, manquent d'éfficacité pour la défense terrestre et maritime. Le 18 nouveau bémol dans les projets de réalisation des bunkers en Bretagne méridionale : la Todt, par la voix de son en France, l"ingénieur général Weiss, annonce qu'elle ne pourra pas réaliser le programme de construction prévu. Sur les mille ouvrages alloués a la 17.lD, 568 seulement seront réalisés, 130 pour les autres armées. La division doit revoir ses plans. L'OT aurait des problèmes d'effectifs, elle chercherait a se défausser sur les armées pour justifier la non tenue des délais. Le général von Zangen n'apprécie pas. Le 25 septembre, la liste des points d'appui à édifier dans le KVGr. Quimper est arrêtée. 76, puis 86, sont programmés, dont plus de trente pour le pays bigouden.

 

Le 27 (septembre 1942), le plan de défense de la 17.ID est commenté au Führer, à Berlin, où il a été apporté par le colonel Haus, commandant l'IR 55. Le 1er octobre, le sous-secteur de Plogastel reçoit des renforts, des antichars Pak40 de 5 cm et une compagnie cycliste tandis qu'à la pointe du Raz, à la station radar KM / MW Qu300 Renntier – Renne et ses voisins Qu12 et 13 se tient une réunion de coordination interarmes pour la défense du site sensible. Le 5 à Lorient, sont répartis entre les armées le béton et les cloches blindées. Le général Domann visite le secteur Quimperlé - Penmarc'h. Il conclut que l'instruction des troupes et l'édification du Mur de l'Atlantique y sont en plein essor. Le 12 octobre, il est question de créer un point d'appui fortifié à Penhors/Pouldreuzic, au centre de la baie d'Audierne. Le 6 novembre, le projet est abandonné. L'utilité d'un point d'appui dans un secteur de côte inhospitalière était discutable. Le blindage et les armes de forteresse iront finalement au Stützpunkt StP de Lésongar/Audierne. Quelques jours plus tard, nouvelle déconvenue dans l'édification de l'Atlantikwall : le commandant du génie de forteresse local ou Fest. Pi.Abschnitt. Gruppe II/17 informe la division que le programme de construction d'hiver ne serait pas tenu, l'OT manquant d'ouvriers.   Le 8 novembre, les Alliés débarquent en Afrique du Nord. Dans le sud bigouden, le 12, à l'annonce d'une opération possible sur les côtes de la Manche, le I/.95 IR est placé en alerte. Le mois s'achève par une attaque aérienne menée à basse altitude par trois bombardiers légers Bristol-Blenheim de la RAF sur la Flakartillerieschule, l'importante école Flak/PaK (DCA/antichar) implantée à Langourougan/Poulguen, à Penmarc'h. Huit a dix bombes légères sont larguées, mais sans succès. Le 17 décembre, von Rundstedt visite Lorient en grande partie détruite. Le 19, le commandant du XXV.AK. inspecte les positions de la baie de Douarnenez. Le 26, à l'occasion des fêtes de Noël, le général von Zangen commandant la 17.ID. est l'hôte du ministre du Reich, Albert Speer. Le surlendemain il se rend sur le chantier du point d'appui d'Audierne. Le 31 enfin, les défenses blindées prévues pour Concarneau/Le Cabellou sont revues : une seule cloche cuirassée, mais des créneaux blindés supplémentaires. Le 17 janvier 1943, le maréchal von Rundstedt est de retour a Lorient. Le 22, le général von Zangen inspecte le secteur du II/. 95 en pays bigouden, puis de nouveau le 25 le chantier d'Audierne.

Le 4 février (1943), la 17.lD note que les attaques aériennes ralentissent beaucoup les travaux de construction à Lorient, où une compagnie de jeunes Allemands du Reicharbeitdienst, le RAD ou service du travail, vient d'arriver avec mission de creuser des tranchées pour les câbles Qu26a Lesnarvor. une pièce de 76,2 FK288(R) extraite d'une casemate H669 à été installée en position de campagnetéléphoniques. Les visites d'officiers généraux se succèdent. Le 25, von Zangen inspecte les environs de Quimper où sont implantés de précieux appareils de guidage pour la Luftwaffe, les systèmes Sonne et Grille puis le StP. du Cabellou/Concarneau. Le II./95 cède au III./95 le sous-secteur de Plogastel. Le 25, incident de tir grave à Fouesnant, à la suite d'un tir court lors d'un exercice pour les Qu61 pointe de Mousterlin et Qu62 Cleuz Rous. Bilan : un tué, des blessés. Fin mars, la 17.ID est mutée sur le front de l'Est. Compte tenu de la succession des retards que nous avons vus, tous les blockhaus prévus pour les nids de résistance du secteur de détense de Quimper ne sont pas encore sortis de terre ! La 94.lD du Generalleutnant Georg Pfeiffer ne fera qu'un court séjour de quatre mois en Cornouaille, d'avril à juillet 1943. Elle poursuit l"important travail initié par la 17.iID dans l'aménagement des déienses des côtes du sud Bretagne. Les archives de la grande unité concernant cette importante période de l'édification de l'Atlantikwall ont disparu. Nous savons toutefois que le groupe d'artillerie I./194 disposé en pays bigouden avait son PC à Kerbasquet en Tréguennec, face a la baie d'Audierne. Le 28 mai, la mission des points d'appui d'Audierne Qu17-19 et de Concarneau Qu 68-71 est précisée. Bénodet est promu au rang de point d'appui lourd (non blindé). Ses cinq Wn, Qu54 - Qu58, doivent coordonner leurs feux pour défendre l'embouchure de l'Odet. Le lendemain, au titre du programme d'aménagement 1943/1944, la construction par la division de petits ouvrages aux normes des défenses de campagne, tobrouks et emplacements ouverts pour canons de 50 mm, est autorisée. Celle des autres ouvrages plus importants, aux normes de la fortification, doit être approuvée par le corps d'armée. La 9A.lD estime ses besoins à 400 000 m3 de béton.

Le 1ier août 1943, la 265.ID du Generalleutnant Walter Düvert lui succède. Le KVGr Quimper est confié à l'lR 894 du colonel Reese. PC à la caserne Hoennicke (La Tour d'Auvergne).

Contrairement aux divisions d'opérations qui l'ont précédée, la 265.ID est une bodenstandigedivision, une division statique, composée de personnel relativement âgé, équipée d'artillerie de prise et très faiblement motorisée. Au moment où la menace d'un débarquement va en se précisant, la défense allemande se dégrade, le front de l'Est consommant les meilleures unités. La 265.ID est censée compenser ses faiblesses par une bonne connaissance du terrain dûe à sa stabilité et surtout grâce aux aménagements défensifs qu'elle y apportera. Son KTB aborde fréquemment les problèmes liés au Mur de l'Atlantique, mais plus en termes de tactique que de construction, le temps n'est plus à l'édification de gros ouvrages, mais, par exemple, à la disposition judicieuse des canons antichars lourds dans la profondeur de la ligne de résistance. Le 28 juillet est publié le premier ordre relatif à l"aménagement des positions côtières. Du 17 au 21 août, une commission de contrôle de la 7me Armée inspecte les défenses,   relève des faiblesses : vaste portion de côte à défendre - 270 kilomètres - artillerie hippomobile... Entre le 2 et le 8 septembre surviennent plusieurs alertes. L'opération Pound menée par un petit raid commando anglo-américain a visé l'île d'Ouessant dans la nuit du 3 au 4. En réalité ces craintes sont le fruit de l'opération d'intoxication Starkey, une gesticulation orchestrée par Londres sur les côtes de la Manche pour accréditer la menace d'un débarquement imminent. Au pays bigouden, à Plovan et Tréguennec, débute une nouvelle vague d'expulsions de familles dont les hameaux de Crugou et de Kermabec vont être mis en état de défense. Le 10 octobre, le général Fahrmbacher dresse un bilan de la défense côtière en Bretagne : « Avec l'engagement de la 265e division d'infanterie, le but recherché, qui était de faire occuper l"ensemble des secteurs par des divisions permanentes est atteint. J'attends que cela profite a la stabilité de l'organisation et du système de défense de la côte. »  

Fahrmbacher rappelle sagement à ses divisionnaires que « le mieux est l'ennemi du bien » : « ...Savoir se limiter l'on doit être conscient que dans la situation actuelle, il est meilleur d'achever la construction à un certain stade, dans un délai relativement court... plutôt que d'exiger des solutions toujours nouvelles. » Compte tenu du départ massif d'ouvriers de la Todt, le général rappelle aussi la nécessité de mettre de façon intensive la troupe à l'ouvrage. Le 11 octobre, arrivent à Quimper les premiers éléments du 800.Nordkaukasian Bataillon, près de mille hommes venus relever le II/894 muté à Minsk. Ils prennent possession du sous-secteur de Plogastel – Plouhinec/Combrit, soit la totalité du secteur du pays bigouden.

 
Au moment où la menace d'un débarquement va en se précisant, la défense allemande se dégrade

Le renforcement du secteur est à l'ordre du jour : il est question d'implanter une seconde pièce de 122 sur le rivage de la baie d'Audierne pour battre sa partie sud. Le 26 octobre, a Lésongar Audierne, le général Düvert attend un important visiteur, le général baron Oshima, ambassadeur åu Japon, qui fait la tournée du Mur. Propagande oblige, on lui montre des points sérieusement fortifiés. Le lendemain, il visite les Stützpunkt de Guidel et d'Etel, la base sous-marine de Kéroman. Le rédacteur du KTB note, qu'en matière de défense côtiè « en raison des revers actuels sur le front de l'Est, il faut donner une importance spéciale aux impressions de l'ambassadeur et à leurs effets politiques et militaires. » Le 10 novembre, l'Ostbataillon 634 com posé d'Ukrainiens s'installe dans le KVGr. Quimper/Clohars. Cest l'échange « deux contre un » : un bataillon allemand récupéré est remplacé par deux unités russes. Le 19, l'OB-West donne l'ordre d'établir une deuxième ligne de défense aménagée dans la profondeur de la zone de combat principale. Pour la 265.ID, la position doit s'établir dans le KVGr. Quimper, dans le prolongement de la baie de Douarnenez (de Saint Nic à Pluguffan). Le général Fahrmbacher compte sur « la participation massive de la main d'œuvre française, qui devra travailler à plein rendement. » Fin novembre 1943, le maréchal Rommel est nommé inspecteur des défenses côtières de la façade Ouest de l'Europe. Rapidement, il s'aperçoit qu'hormis dans certains secteurs, la fortification tant vantée par la propagande laisse à désirer. A peine plus de la moitié du « Rempart Atlantique » est achevée. L'OT a perdu 50 000 ouvriers, rapatriés en l'Allemagne pour la réparation des dégâts causés par les bombardements alliés ou dirigés vers les grands chantiers des armes nouvelles, les fusées, ou bien vers les rivages méditerranéens pour l'édification du Südwall. Dans le même temps, la main d'oeuvre française commence à déserter ses chantiers. Pour Rommel, il est impératif d'anéantir l'ennemi sur le rivage même, quand il est encore en situation précaire. « Le rivage constitue la ligne de combat principale », n'aura-t-il de cesse de marteler. Le maréchal veut faire renforcer l"Atlantikwall à outrance. Peu de grands chantiers, mais quantité de petites installations défensives bétonnées et d'obstructions d'avant-plage ou Vorstrandhindernisse. ll met la troupe au travail, fait intensifier les réquisitions de main-d'oeuvre civile tout en essayant d'attirer un maximum de travailleurs volontaires.

Juin 1944. Le béton dans l'ouest bigouden

A la veille du débarquement, l'ouest du pays bigouden est défendu par près de 1500 hommes environ, répartis de manière à peu près égale entre artilleurs et fantassins.

L'artillerie de campagne

Elle est constituée par le I./265.AR. dont la mission est de « ...soutenir la défense contre un débarquement dans la baie d'Audieme, entre Penhors et l'anse de La Torche... et de mener un action sur les flancs du secteur en cas de besoin ». A son arrivée le groupe est fort de six cents hommes servant trois, voire quatre batteries hippomobiles disposées à l'íntérieur des terres, comprenant chacune quatre pièces de 76,2 mm russes portant à une douzaine de kilomètres. Elles seront bientôt abritées dans de gros cubes de béton de type H 669, généralement avec tobrouk incorporé entourés d'abris légers et de baraquements. Les artilleurs, 120 par batterie, et leurs chevaux sont logés dans les fermes alentours. La quatrième batterie a très probablement été allouée au groupe en 1944. Il comprendra alors les :

  • Stab, l'état major, cantonné ou bourg de Plonéour Lanvern.
  • Qu34 (1re batterie à Keralland, dans la commune. Les fouilles des ouvrages ont été creusées par des requis locaux avant que la Todt voisine de Tréguennec ne prenne la relève pour leur bétonnage. Début août 1944, elle abritait cles pièces de 155C français dont l'une sera récupérée intacte par les FFI et retournée contre les Allemands. De nos jours, les quatre casemates, devenues propriétés privées, ont été recyclées en remises pour matériel.
  • Qu29 (2me batterie) à Keryère à l"ouest de Tréogat. Avant d'étre logée sous blockhaus, elle était disposée en position de campagne, dans des cuves en ciment, comme celles qui l'ont précédée là depuis 1942; A Keryère, la cohabitation se passe bien y compris avec les Russes employés comme palefreniers. D'après les archives du SHM, la batterie aurait été transférée à Lesnarvor en mars 1944. Mais un témoin certifie que les artilleurs sont demeurés sur place iusqu'en juin. Bien intégrés dans la végétation les blockhaus sont parfaitement accessibles.
  • Qu37 (3me batterie) à Lanven. Elle demeurera en position de campagne, à ciel ouvert, à mi-distance entre le bourg de Saint-Jean et Tronoën, protégée par des merlons de terre et masquée par des filets de camouflage. Sans doute devait-elle couvrir les flancs du secteur Penhors/La Torche dans l'hypothèse où celui-ci aurait été débordé par l'ennemi Seul vestige de l'existence de la batterie, le bloc téléphonique bétonné qui la reliait ou réseau militaire.
  • Qu26a (Lesnarvor, en Plovan) : les blockhaus sont camouflés en maisons d'habitation par de grossières peintures en trompe-l'oeil, en buvette par exemple. Des haies d'arbustes et de jeunes pins ont été plantées dans les remblais disposés autour des blocs afin de parfaire le camouflage déja soigné. Des requis renouvellent régulièrement le genêt disposé sur les ouvrages ocre/vert. Le 23 mars 1944, la modeste DCA de la batterie, une mitrailleuse double, atteint un Spitfire du 165 Sqdn qui va s'écraser près de Saint-Evarzec, après que son pilote le Pilot Officer Russel Lewis, un Australien, se soit s'éjecté. Une seule balle a suffi pour couper l'alimentation du circuit de refroidissement du moteur et entraîner la perte de l'avion. Les batteries exécutent de nombreux tirs sur des buts flottants remorqués à environ deux kilomètres en mer. Alexis Guivarc'h, de Penhors, témoigne : « Un coup long, un coup court. But ! Rapidement les obus explosent au dessus des cibles flottantes ». Lors des exercices des observateurs prennent position dans les Beobachstelien, (BST) deux observatoires en béton situés sur les hauteurs, Qu28 Crugou avec central téléphonique et canevas de tir, Qu32 Ker mabec et le clocher de Qu38 Tronoën ou encore dans les Vorbeobachtsteilen (Vb) des postes d'observation avancés implantés dans les blockhaus du rivage comme celui de Qu25 Penhors

Les défenses du sud de la baie d'Audierne

L'extrémité nord du secteur : Plozévet Pouldreuzic. Nous avons vu que le rivage inhospitalier de ces deux communes ne se prête pas a une opération amphibie. Cependant, dans leur souci de se garder d'une surprise, les Allemands implantent quelques ouvrages sur les petites falaises qui surplombent le plateau rocheux.

  • Qu23 (Kerrest) est entouré de barbelés et de mines. Il est défendu par deux classiques tobrouks pour mitrailleuse ou FM. L'équipe du point d'appui loge dans un abri enterré proche ou dans une maisonnette voisine. Les installations sont touiours visibles.
  • Qu24 (Pellan) l700 mètres plus au sud, est comparable au précédent. Un tobrouk lance-grenades peut couvrir le rivage sur 180°. En 1946, les deux tobrouks ont servi de cuves de destruction de mines, ce qui explique les importants dommages qu'ils ont subi. L'érosion marine aidant, ils sont aujourd'hui posés de guingois sur la grève de galets.
  • Qu25 (Penhors) déjà poste de veille française en 39/40, défend le nord de la grande plage de douze kilomètres. Il comprend un petit observatoire d'artillerie déja évoqué, d'inspiration locale, un gros blockhaus H 680 tourné vers le sud et deux tobrouk. Le H 680 peut abriter un fort canon antichar, un Pak 50 de 7,5 cm ou de 7,62 cm. L'observatoire et le H 680 ont été démolis. L'auberge de l'Océan, Ti Plad, au toit plat caractéristique, qui abritait la petite garnison est touiours ouverte. - QU82 (Le Bren) est positionné à 3500 m au nord est de Penhors, dans la profondeur de la ligne de résistance principale. Un gros blockhaus H 680 avec tobrouk incorporé abrite un puissant canon anti-char de 7,5 – 7,62 cm destiné à arrêter les blindés qui auraient pu débarquer sue la plage. Sa défense rapprochée est assurée par deux mitrailleuses abritées par des épaulements de terre.

A noter que la 15 Kp, la compagnie antichar/Pak du 894.IR a détachée deux sections (Zuge) soit quatre canons de 76,2, dans le secteur ouest-bigouden. La pièce du Bren lui appartient probablement

L'extrémité sud du secteur : Plomeur

Qu40 (La Torche) : l'éperon surélevé constitue la mâchoire sud des défenses enserrent la longue plage bigoudéne. En position dominante, un H611 pour 7,5 ou 10,5 prend la plage en enfilade. La casemate accueille neuf hommes. A proximité, un petit garage-abri pour deux pièces antichars pouvant être retournées vers l'anse de Pors Carn, trois tobrouks et un abri enterré. L'anse de Pors Corn est simplement gardée. Au delà débute la frange rocheuse qui borde le sud du Pays bigouden iusqu'à Combrit, sur la rive droite de l'Odet ,qui échoppe à notre description. Le bockhaus H611 de La Torche a été aménagé en centre d'interprétation.

-- Fin de la première partie --

A télécharger : L'ensemble des défenses de la baie d'Audierne synthétisé sur un schéma pdf

NDLR :

1- La 335e division d'infanterie (en allemand: 335. Infanterie-Division ou 335. ID) est une des divisions d'infanterie de l'armée allemande (Wehrmacht) durant la Seconde Guerre mondiale. (source)
2- Flak au féminin, il s'agit du nom générique des unités de batteries antiaériennes statiques ou des unités de DCA attachées aux unités combattantes ; au masculin, il désigne certains modèles de canons antiaériens.
3- AK Armee Korps : corps d'armée.
La 7e armée, l'AOK 7 est divisé en trois corps d'armée dont le 25 AK (de Saint-Nazaire, Loire-Atlantique, à Lesneven, Finistère)
4- KV Gr. Küsten Verteidigung Gruppe : groupe côtier de défense.
5- KVU Gr. Küsten Verteidigung Untergruppe : sous-groupe côtier de défense.
6- Qu pour QUimper - secteurs numérotés de défense côtière.
7- KTB : Journal de guerre

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Les mystères de la nature. "Tréguennec et ses milliards de galets sont de plus en plus visités par les touristes et les promeneurs du dimanche" C'est sous ce titre accrocheur et bucolique qui fleure bon le vent d'Ouest et la baie d'Audierne que parait, le 19 novembre 1964, un article un tantinet poétique dans le quotidien le Télégramme. L'auteur y prône un retour à la vrai nature, celle qui existe seulement à Tréguennec, là où les galets repoussent comme des champignons. Il y fait également mention d'un curieux métier de l'époque : Le "Sevel Bili" ou leveur de galets...

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